Pendant longtemps, le Mexique a été présenté comme la destination idéale pour vivre mieux avec beaucoup moins d’argent.
On imaginait une petite maison près de la mer, des fruits frais presque donnés, des repas au restaurant plusieurs fois par semaine et une vie beaucoup plus douce pour le portefeuille.
Cette version du Mexique existe encore.
Mais elle ne se trouve pas nécessairement à Tulum, dans un appartement neuf avec piscine, climatisation, terrasse sur le toit, sécurité jour et nuit et café latté livré à la porte.
Le Mexique peut effectivement coûter moins cher que le Québec. Cependant, il n’est pas uniformément économique. Le budget dépend énormément de la région choisie, du type de logement, du mode de vie et, surtout, de notre capacité à ne pas essayer de reproduire exactement notre vie québécoise sous les palmiers.
Parce que déménager au Mexique en conservant toutes ses habitudes nord-américaines peut parfois donner un résultat assez simple :
-la même facture, mais avec davantage de crème solaire.
Demander combien coûte la vie au Mexique ressemble un peu à demander combien coûte la vie au Canada.
Vivre dans un petit village de l’intérieur du pays, à Mérida, à Mexico, à Playa del Carmen ou près de la mer à Tulum ne représente absolument pas le même budget.
Le Mexique est immense. Les écarts de prix entre les régions, les villes et même les quartiers peuvent être considérables.
Dans certaines communautés moins touristiques, il est encore possible de trouver des logements simples, de fréquenter les marchés locaux et de vivre à un coût très raisonnable.
Dans les destinations populaires auprès des touristes et des expatriés, la réalité est différente.
La demande étrangère, les locations de courte durée, les nouveaux projets immobiliers et la concentration de services destinés aux visiteurs font grimper les prix.
Plus un endroit est connu, photographié et présenté comme le paradis sur les réseaux sociaux, moins il risque de correspondre au petit Mexique économique que certaines personnes imaginent encore.
La vue sur la mer est gratuite.
L’appartement qui permet de la voir l’est beaucoup moins.
Le logement est souvent la première grande surprise
Le logement peut rapidement devenir la dépense la plus importante.
Une personne qui loue une maison ou un appartement destiné au marché local peut encore trouver des options intéressantes. Mais une personne qui cherche un logement meublé, récent, climatisé, sécurisé et situé près de la plage entre directement dans un autre marché.
Elle ne se compare plus seulement aux locataires mexicains. Elle se retrouve en concurrence avec les touristes, les retraités étrangers, les travailleurs à distance et les visiteurs saisonniers.
Il faut aussi distinguer trois réalités très différentes :
le logement loué à l’année, le logement meublé pour quelques mois et la location de vacances.
Une personne qui arrive pour trois mois et réserve son appartement sur une plateforme internationale paiera généralement beaucoup plus cher qu’une personne qui signe un bail local à long terme.
Elle paie pour le mobilier, la flexibilité, le ménage, la plateforme et parfois pour une décoration beige soigneusement choisie afin d’être photographiée à côté d’un faux cactus.
Le Mexique peut être abordable.
Le Mexique meublé, clé en main et annulable jusqu’à mardi prochain l’est beaucoup moins.
Vivre dans une destination touristique coûte plus cher
Dans les régions fortement fréquentées, plusieurs commerces ne s’adressent plus uniquement à la population locale.
Les restaurants près de la plage, les cafés spécialisés, les spas, les excursions, les clubs de plage et certains commerces affichent des prix pensés pour une clientèle étrangère.
Il est encore possible de manger très raisonnablement dans une fonda, un petit restaurant familial ou un marché. Mais si l’on fréquente principalement les établissements destinés aux visiteurs, l’addition peut rapidement ressembler à celle que l’on voulait justement laisser derrière soi.
Une personne peut donc vivre dans la même ville qu’une famille mexicaine tout en ayant un coût de vie deux ou trois fois supérieur...
Ce n’est pas nécessairement parce qu’elle se fait constamment arnaquer. C’est souvent parce qu’elle n’achète pas les mêmes produits, ne fréquente pas les mêmes commerces et n’habite pas dans le même type de logement.
Elle vit géographiquement au Mexique, mais économiquement dans une petite bulle internationale.
"Je vend ce genre de produits. Les gens aiment ces endroits, c'est structuré et secrétaire, moderne."
Les produits importés font grimper le panier d’épicerie
Voici une règle assez simple :
-plus un produit doit voyager pour vous rejoindre, moins il risque d’être économique.
Les produits locaux, les fruits de saison, certaines viandes, les tortillas, les services de proximité et plusieurs articles courants peuvent coûter moins cher qu’au Québec.
En revanche, les fromages importés, certains produits biologiques, les marques canadiennes ou américaines, les cosmétiques particuliers, les aliments spécialisés et les produits sans gluten peuvent coûter autant, sinon davantage.
C’est ici qu’un détail important apparaît :
-vivre moins cher demande parfois de modifier sa façon de consommer.
Une personne qui adopte davantage les produits locaux peut réduire ses dépenses. Une personne qui cherche exactement le même yogourt, les mêmes céréales, la même crème hydratante et le même fromage qu’au Québec risque d’être déçue.
On peut évidemment vouloir conserver ses habitudes. Mais il faut alors les inscrire dans le budget plutôt que de prétendre que tout coûtera moins cher.
Le cheddar importé n’a malheureusement pas reçu l’information selon laquelle vous êtes venu vivre une vie plus simple.
La climatisation peut coûter beaucoup plus qu’on l’imagine
Dans les régions chaudes, la consommation d’électricité peut devenir une dépense importante.
Le Mexique utilise différentes catégories tarifaires selon la région, la température et le niveau de consommation. Les tarifs domestiques sont réglementés et certains bénéficient de subventions, mais une consommation élevée peut faire basculer un ménage vers la tarification domestique à forte consommation.
Cela signifie qu’un appartement mal isolé, exposé au soleil et climatisé jour et nuit peut produire une facture beaucoup plus élevée que prévu.
Plusieurs nouveaux arrivants calculent soigneusement le loyer, la nourriture et le transport, puis oublient l’électricité.
Pourtant, dans un climat tropical, la climatisation, les ventilateurs, le chauffe-eau, la pompe de piscine et les appareils électriques peuvent peser lourd.
Le logement économique avec de grandes fenêtres orientées plein soleil peut donc devenir légèrement moins économique dès qu’il faut le refroidir jusqu’à la température d’un sous-sol québécois.
Une maison avec piscine n’est pas seulement une maison avec piscine
La piscine est souvent présentée comme un petit luxe facilement accessible au Mexique.
Et c’est vrai :
-plusieurs propriétés offertes aux étrangers possèdent une piscine.
Mais une piscine doit être nettoyée, filtrée, traitée et réparée. Elle consomme de l’électricité, de l’eau et des produits.
Dans certains immeubles, ces coûts sont inclus dans les frais communs. Dans d’autres, ils s’ajoutent directement aux dépenses du propriétaire ou du locataire.
La même logique s’applique aux jardins tropicaux, aux systèmes de sécurité, aux génératrices, aux citernes d’eau, aux climatiseurs et aux résidences fermées.
Le logement paraît parfois peu coûteux lorsqu’on regarde uniquement le loyer ou le prix d’achat. Mais il faut aussi considérer tout ce qui permet à ce logement de fonctionner correctement.
Un palmier, c’est magnifique. Une pompe qui lâche pendant la saison sèche l’est un peu moins.
Les déplacements peuvent gruger les économies
Certains endroits permettent de marcher facilement ou d’utiliser les transports collectifs. D’autres obligent presque à posséder un véhicule, à louer une voiture ou à utiliser régulièrement les taxis.
Dans une destination touristique, quelques déplacements quotidiens en taxi peuvent finir par représenter une dépense importante.
Si l’on achète une voiture, il faut ajouter le prix d’achat, l’immatriculation, l’assurance, l’entretien, l’essence et les réparations. Si l’on loue un véhicule, les assurances et les frais additionnels peuvent augmenter considérablement le tarif affiché au départ.
Les routes, les distances et les habitudes de déplacement varient aussi beaucoup d’une région à l’autre.
Un logement moins cher situé loin des commerces, de la plage ou des services peut donc perdre une partie de son avantage lorsque chaque sortie exige un véhicule.
Le petit paradis isolé reste merveilleux… jusqu’au moment où l’on réalise qu’il faut conduire quarante minutes pour acheter du lait.
Les soins de santé ne sont pas toujours chers, mais ils ne sont pas gratuits
Les consultations médicales, les soins dentaires et plusieurs traitements privés peuvent coûter moins cher qu’au Canada.
Cela ne signifie pas qu’il faut les exclure du budget.
Les étrangers qui souhaitent recevoir des soins rapidement ou fréquenter des établissements privés doivent prévoir une assurance médicale, une assurance voyage ou un fonds d’urgence suffisant.
Une consultation mineure peut être abordable. Une chirurgie, une hospitalisation ou une évacuation médicale peut représenter une dépense considérable.
Le coût dépend également de la ville et de l’établissement choisi. Les cliniques privées destinées à une clientèle internationale peuvent facturer beaucoup plus que les services utilisés par la population locale.
Encore une fois, le Mexique offre plusieurs niveaux de prix.
Mais lorsqu’on est malade, loin de chez soi et inquiet, on ne choisit pas toujours l’option la moins chère avec le même enthousiasme que lorsqu’on comparait les tacos.
La première année coûte souvent plus cher
Le coût de la vie ne se limite pas aux dépenses mensuelles.
S’installer au Mexique peut entraîner plusieurs frais de départ :
● les démarches migratoires; ● les traductions et les documents;
● les déplacements vers un consulat; ● les dépôts de garantie;
● l’achat de meubles; ● l’installation d’Internet;
● l’achat d’un téléphone ou d’une carte locale; ● les honoraires professionnels;
● le transport des biens; ● les billets d’avion; ● les retours occasionnels au Québec.
Certaines dépenses ne reviendront pas chaque mois, mais elles peuvent rendre la première année beaucoup plus coûteuse que prévu.
Il faut aussi conserver une réserve pour les erreurs normales d’installation.
Parce qu’il y en aura.
On achètera peut-être le mauvais appareil, on choisira un logement trop éloigné, on paiera trop cher une première location ou on découvrira après deux semaines que la chambre donnant sur la rue reçoit aussi gratuitement le bruit des motos jusqu’à deux heures du matin.
Ce n’est pas nécessairement une catastrophe. Cela fait partie de l’apprentissage. Mais l’apprentissage doit avoir une ligne dans le budget.
Le taux de change peut modifier la réalité
Pour une personne qui reçoit ses revenus en dollars canadiens et dépense en pesos mexicains, le taux de change joue un rôle important.
Une variation de la valeur du dollar canadien peut augmenter ou réduire le pouvoir d’achat, même si les prix locaux ne changent pas.
Le budget ne devrait donc pas être calculé avec un seul taux de change particulièrement favorable observé un mardi matin.
Il est plus prudent d’utiliser un taux conservateur et de conserver une marge.
Autrement, un projet qui semblait confortable peut devenir plus serré simplement parce que la devise a bougé.
Le propriétaire mexicain, lui, ne réduira probablement pas le loyer par solidarité envers le dollar canadien.
(haha! aussi aimable soit-til)
Le Mexique subit lui aussi l’inflation
Le coût de la vie augmente également pour les Mexicains.
Au début, cette hausse peut sembler modérée, mais elle s’ajoute aux augmentations accumulées des années précédentes et ne touche pas tous les produits de la même manière.
Le logement, l’alimentation, les services et certaines dépenses courantes peuvent évoluer différemment de l’indice général.
Le Mexique économique dont certaines personnes parlent est parfois le Mexique qu’elles ont connu dix ou quinze ans plus tôt.
Or, les villes changent. Les régions touristiques se développent. Les étrangers arrivent en plus grand nombre. Les loyers augmentent et les habitudes de consommation évoluent.
Un budget entendu dans une vidéo datant de plusieurs années ne devrait jamais devenir la base d’un déménagement actuel.
Vivre comme un touriste coûte cher
C’est probablement l’élément le plus important.
Les vacances et la vie quotidienne ne fonctionnent pas de la même manière.
En vacances, on mange davantage au restaurant, on utilise des taxis, on réserve des excursions et on choisit un logement bien situé pour quelques semaines.
Lorsqu’on vit dans un pays, il faut aussi payer l’Internet, le téléphone, les soins de santé, les assurances, l’entretien, les démarches administratives, les déplacements ordinaires et les imprévus.
Une personne qui conserve un rythme de vacances pendant douze mois aura un budget de vacances pendant douze mois.
Le Mexique n’est alors pas nécessairement cher.
C’est le mode de vie touristique permanent qui l’est.
Il faut donc se demander honnêtement :
Est-ce que je veux vivre au Mexique ou est-ce que je veux être en vacances au Mexique toute l’année?
Les deux projets sont possibles. Ils n’ont simplement pas le même prix.
Vouloir recréer le Québec au Mexique coûte cher
Plus on veut conserver exactement le même niveau de confort, les mêmes produits, les mêmes services et les mêmes habitudes, moins l’économie sera importante.
Une grande maison climatisée, un véhicule récent, des produits importés, des restaurants internationaux, plusieurs retours au Canada et un logement situé dans une destination touristique peuvent facilement absorber les économies espérées.
À l’inverse, une personne qui choisit une région moins touristique, loue à long terme, fréquente les commerces locaux, cuisine davantage et adapte son mode de vie peut obtenir un budget très intéressant.
La différence ne repose donc pas uniquement sur le pays.
Elle repose sur les choix.
Le Mexique ne vous oblige pas à dépenser beaucoup. Mais il offre suffisamment de possibilités pour y arriver avec une efficacité remarquable.
Le Mexique est-il encore économique?
Oui, il peut l’être.
Mais il faut arrêter de le présenter comme un immense pays où tout coûte automatiquement la moitié du prix.
Le logement peut être très abordable dans une région et très cher dans une autre. La nourriture locale peut coûter peu, tandis que les produits importés peuvent être dispendieux. Les soins courants peuvent être accessibles, alors qu’une hospitalisation privée exige une bonne protection financière.
Le Mexique récompense davantage les personnes capables de s’adapter que celles qui cherchent uniquement à reproduire leur ancienne vie à moindre coût.
Ce n’est donc pas nécessairement le pays idéal pour devenir riche simplement en changeant d’adresse.
C’est plutôt un pays où l’on peut vivre autrement, à condition de choisir consciemment sa région, son logement et son mode de vie.
Avant de partir, il faut bâtir un budget correspondant à la vie que l’on veut réellement mener, et non à celle d’un couple aperçu dans une vidéo qui affirme vivre avec très peu d'argent par mois sans jamais expliquer qui paie la climatisation.
Le Mexique peut être économique.
Mais comme souvent lorsqu’on part vivre ailleurs, les économies ne se trouvent pas uniquement dans la destination.
Elles se trouvent dans les décisions.
Parce qu’un ailleurs, ça se rêve… mais surtout, ça se vérifie.
Mots de moi:
"Cet article présente de l’information générale.
Les coûts varient selon la région, le mode de vie, la situation personnelle et la période de référence.
Dans mes formations selon où vous en êtes dans vos démarches, nous abordons le sujet"